Quand le test est devenu positif ce jour là, j'étais folle de joie. Folle de joie parce que je portais une petite vie en moi, parce que je désirais ce bébé plus que tout, parce que j'étais enceinte d'un homme que j'aimais très fort.... et puis aussi parce que je savais que ce bébé me permettrait de partir de chez ma mère. En effet, j'étais en conflit permanent avec ma mère et je ne savais plus quoi faire pour m'en sortir... Je pense que j'étais en pleine crise d'adolescence mais sans vouloir faire son procès, je pense également qu'elle avait de nombreux tords...
J'ai donc arrêté ma pilule début mars 2004. Je suis tombée enceinte le 22 mars 2004. Mon test a viré au positif le 04 avril 2004 et la prise de sang qui a confirmé ma grossesse a été effectuée le 22 avril 2004, à la demande de ma mère. Je n'ai donc pas du tout cacher ma grossesse à ma mère. Bien au contraire, quand j'ai été sûre de ma grossesse, je me suis empressée de quitter la maison, comme elle me le demandait. Je me suis installée avec le futur papa, mais ce bonheur fut de très courte durée puisque la police est venu me chercher pour me ramener chez ma mère ! En effet, après m'avoir chassée de chez elle, ma mère a appelé les flics pour une fugue !! J'étais en colère après elle et j'ai demandé à ne plus jamais la revoir. Les flics nous ont alors orientées vers le service de l'Aide Sociale à l'Enfance. Là, les éducatrices nous ont écoutées et après avoir hésité (car les placements se font rarement dans l'urgence), elles ont accepté de me placer dans une famille d'accueil par le biais d'un organisme d'accueil temporaire. Je suis restée deux semaines dans ma famille d'accueil. C'était très dur là bas parce que je me rendais compte de tout ce que j'allais devoir affronter, de tout ce que je m'apprêtais à perdre, à quitter. Je me rendais compte que ma mère n'étais plus à mes côtés, même si j'ignorais encore qu'elle ne reviendrait plus du tout...
Au bout de deux semaines, mes parents furent convoqués à l'Aide Sociale à l'Enfance (ASE) pour signer un contrat d'accueil temporaire. Leurs signatures attestaient qu'ils laissaient leur fille entre les mains des services sociaux pendant une durée déterminée (à renouveler). Ma mère était très en colère après moi, mais aussi après les services sociaux. En effet, ma grossesse avançait et le terme légale pour l'avortement se rapprochait à grands pas... Ma mère voulait à tout prix que j'avorte et le fait que les services sociaux ne me forcent pas à le faire la mettait très en colère. Mon père quant à lui avait toujours été très lointain (mes parents ayant divorcés alors que j'avais 5 ans et demi) et là, je crois qu'il avait tout de même du mal à réaliser que j'étais enceinte et que j'allais tracer mon chemin en tant que femme et non plus en tant que petite fille... Au moment de partir de l'ASE, mon père fondit en larmes et moi avec. Ma mère, elle, avait filé le plus vite possible des locaux de l'ASE. C'est à ce moment que je demandais pardon à mon père... pardon parce que je voyais tout le mal que je lui faisais, pardon parce qu'il n'en était pas la cause, pardon parce qu'il ne m'a jamais fait tout ce que ma mère m'a fait....
C'est alors que je fus accueillie au SAU (Service d'Accueil d'Urgence). Le SAU était une structure dans laquelle il y avait un foyer, mais aussi des familles d'accueil. En raison de ma grossesse, je fus accueillie chez une famille. La dame qui m'accueillie était une femme qui élevait ses deux filles toute seule. Je ne me sentis pas du tout à l'aise chez elle. Elle passait son temps dehors ou enfermée dans sa chambre. Ce n'était pas un travail qu'elle faisait par vocation, mais plus pour gagner de l'argent... C'était difficile de se sentir chez soi. Je n'avais pas le droit de prendre une douche tous les jours, pour économiser l'eau, alors qu'elle prenait parfois plusieurs douches par jours. Sa fille aînée était charmante avec moi, mais sa petite (qui avait 6-7 ans) était odieuse. Je commençait à sérieusement déprimer dans cette famille et je crois que les éducateurs l'ont senti parce que dès la fin des cours, ils m'ont mise dans une famille, certe plus éloignée de Paris, mais aussi beaucoup plus accueillante et chaleureuse.
Je dois avouer cependant que quand je suis arrivée dans cette nouvelle famille, j'ai eu beaucoup de mal. Je ne me sentais vraiment pas bien, pas à ma place, trop loin de l'homme que j'aimais, trop loin de tout ce que je connaissais. J'avais le sentiment d'avoir perdu tous mes points de repères. J'arrivais en juin 2004 dans cette famille d'accueil et ne les quittais qu'en novembre 2004. Après un petit temps d'adaptation, je me rendis compte à quel point les membres de cette famille étaient gentils. Je fis la connaissance d'une jeune fille charmante avec qui j'ai noué des liens d'amitié solides. Aujourd'hui encore, on s'appel de temps en temps, on s'envoit une ou deux lettres ou on se voit sur msn quand elle a accès à internet. Je pus passer une grossesse vraiment tranquille chez eux. Même si je dois avouer que par moment, le fait d'être séparée de mon homme était difficile à supporter. Quant à mon homme, justement, il enchainait les petits boulots, mais il n'avait jamais rien de suffisant pour pouvoir s'installer dans un appartement à lui. Ma grossesse se déroula sans encombre. Mis à part au 5ème mois, on m'annonça que mon bébé (un petit garçon) avait un retard de croissance. Mais il rattrappa très vite son retard et tout rentra dans l'ordre.
Au mois d'octobre 2004, les éducateurs du SAU me présentèrent deux foyers maternels. Je fis 8 jours d'essai dans l'un d'eux et ne fit qu'une simple visite dans le deuxième. Je n'étais convaincue par aucun des deux mais je dû quand même me résigner à entrer dans l'un des deux et je choisis le premier. Les éducateurs usèrent de méthodes peu scrupuleuses pour me faire entrer dans ce foyer. Arriva donc le mois de Novembre. A 1 mois de mon terme, j'entrais dans ce fameux foyer. C'était le 23 novembre 2004, il était 11h quand j'arrivais dans le foyer où je mettrais au monde mon fils. Je dois avouer que les premiers temps au foyer ressemblèrent à l'enfer sur Terre. Mais comme certains sauront si bien me le rappeler, j'avais choisi de tomber enceinte et de garder mon bébé. Je « méritais » donc toutes ces souffrances.
Le 5 décembre 2004, à 23h, je perdais les eaux. J'étais à 3 semaines de mon terme mais il n'y avait aucun danger pour le bébé de naître maintenant. Je me rendis donc à la maternité, accompagnée par une éducatrice. Le papa fut prévenu et il put arriver sur les lieux rapidement, grâce à sa soeur. A l'hôpital, le travail de l'accouchement dura 16 heures. Les contractions commencèrent vers 23h30 et mon bébé naquit à 15h30, le 6 décembre 2004. Quand je vis mon petit garçon pour la première fois, je me rendis compte à quel point tout ce que j'avais enduré était rien comparé au bonheur d'avoir ce bébé dans mes bras maintenant. Je compris soudain l'amour qu'une maman peut ressentir pour son bébé... Quand j'eus mon fils dans mes bras, je compris soudain les larmes de ma mère et aussi sa colère... Le lendemain de mon accouchement, j'appelais ma mère pour le lui annoncer.
Mon fils et moi, nous restâmes au foyer pendant 1 an et demi. Je pus l'allaiter pendant 3 mois et malgré tout ce que m'avaient prédit comme malheurs les mauvaises langues, je pus tisser des liens solides avec mon fiston. Mon père fut présent d'un bout à l'autre et ma mère revint un peu vers moi après de multiples efforts. Les mois passés au foyer furent difficiles et (à mon sens) largement inutiles. J'avais réussi à m'inscrire dans un lycée parisien mais les éducateurs m'avaient interdit de m'y rendre pour « préserver le lien avec mon fils ». En effet, mes journée de lycée étaient assez longues avec les transports et je devais le laisser à la crèche. Une éducatrice me dit même un jour « il fallait choisir entre études et bébé »... Après avoir choisi mon fils, sans avoir été informée du fait que je ne pourrais jamais plus reprendre mes études (et oui on est naïf à cet âge, il faut l'admettre un minimum ;-) ), j'apprenais que le choix devait être fait, mais comment faire un choix quand on a pas toutes les parties du contrat ? Je dû donc prendre une autre voie. Je décidais de devenir auxiliaire de santé animale par le biais d'un institut privé de cours par correspondance. Je me mis en quête de stages et j'en effectuais trois pour cet institut. Me frotter ainsi au monde du travail m'avait, je dois le dire, bien plu. Mais faire des stages étant la chose la plus facile (et pas la plus payante), ma recherche d'emploi ne rencontra pas un franc succès. Le seul entretien d'embauche que je décrochais, je ne pus m'y rendre car trop loin (dixit les éducateurs) de mon lieu de vie. J'ai donc passé 17 mois en foyer maternel... 17 mois, 3 stages, 1 formation qui n'a rien donné, 1 entretien d'embauche. Quand j'ai eu 18 ans, j'étais aussi démunie face à la vie que le jour où je suis rentrée dans ce foyer, à 16 ans et demi. Mon ami, le père de mon fils, s'était battu corps et âme pour dénicher un emploi. Pendant 4 mois, il avait travaillé dans une enseigne de téléphonie mobile, mais s'était fait licencié pour quelqu'un de plus qualifié. Là encore, on l'avait poussé à trouver quelque chose de stable pour assumer sa famille sans envisager la possibilité qu'il fasse d'abord une formation qualifiante. Quand nous sommes partis du foyer, nous sommes partis de rien ... est-ce normal ? Est-ce là le travail des éducateurs ? Nous sommes partis de Paris, nous avons tout quitter pour recommencer ailleurs ce que nous avions pu trouver à Paris. Entre temps, je suis retombée enceinte... Et oui, quand on commence à fonder une famille, c'est dur de s'arrêter. Je me suis rendue compte que seule ma grossesse et la naissance de mon fils m'avait donné satisfaction durant les deux dernières années. Mon rêve de revivre une naissance pouvait se réaliser sans changer énormément mon avenir déjà ruiné à néant par ma première grossesse. Mon deuxième enfant naquit en Auvergne où nous étions allés. Là bas, nous avions réussi à obtenir un logement, un semblant de travail (mon mari fit plusieurs missions intérimaires, une formation d'insertion professionnelle avec stages et un CDD de 3 mois). Mais voilà... aujourd'hui, nous avons deux enfants âgés de 3 ans et 16 mois. Nous touchons le RMI tous les mois un peu moins parce que mon mari travail en intérim. Nous n'arrivons à trouver mieux que l'intérim, nous prions le ciel tous les jours pour ne plus jamais avoir à toucher le RMI... Mon mari n'a pas de diplôme, étant en échec scolaire depuis son plus jeune âge... il n'a pas de formation qualifiante... il n'a qu'une expérience professionnelle très inégale et ne trouve pas d'emploi stable...
Je voudrais souligner par ce témoignage que je suis tombée enceinte à 16 ans, un âge où on n'est pas majeur légalement, donc pas considérés comme totalement responsables de nos actes. J'ai été placée à 5 semaines de grossesse avec presque un encouragement pour garder l'enfant de la part des services sociaux (attention, je ne dis pas que c'est de leur faute, il était impensable pour moi à l'époque d'envisager une seconde l'avortement). Mais ils m'ont tout de même promis que je pourrais continuer les cours, que je parviendrais à obtenir mon bac, à faire des études... J'ai passé 17 mois en foyer maternel, 17 mois qui n'ont servis à rien. J'ai été une assistée depuis le premier jour de ma grossesse et aujourd'hui que mon fils a 3 ans, je suis toujours une assistée et ça n'a pas l'air d'être tellement la fin... Ma réflexion est la suivante : ne condamne-t-on pas une société toute entière quand on refuse d'aider nos enfants lorsqu'ils font des bêtises ? N'y a-t-il pas un deséquilibre entre une majorité légale à 18 ans et une obligation d'assumer des choix immatures avant la majorité de l'enfant ? S'il est vrai qu'il faut une aide psycho-sociale à ces jeunes parents, il leur faut également une aide éducative... Toute aide psychologique ne les aidera pas longtemps s'ils restent dans la misère du fait d'un manque d'éducation et de qualifications pour trouver un emploi.
Edit du 3 décembre 2008 : Suite aux commentaires de certaines personnes qui viennent me juger, je me décide enfin à modifier ce qui doit l'être dans mon parcours personnel. J'ai écrit tout cela il y a un moment déjà et depuis, des choses ont changées. Pour tout ceux qui croient que les gens comme nous restent toute leur vie des cas sociaux, voici de quoi leur clouer le bec : actuellement, mon mari travaille et moi également. Mon mari a un boulot qui n'est pas aussi stable qu'on le voudrait mais ça suffit pour le moment et moi je suis en cdi. Nos enfants ayant 2 ans et 4 ans maintenant, je suis plus libre pour travailler. Nous ne touchons pas de RMI, ni aucun minima social. Nous n'avons pas fait nos enfants en pensant à toutes les conséquences, certes. Peut-être qu'à la base, c'était de l'inconscience mais l'essentiel est qu'on ait réussi à assumer nos actes. J'avais créé ce blog pour mettre fin aux mauvais jugements et je m'aperçois finalement que tout le monde pense que son petit chemin, ses petits choix sont toujours meilleurs que les autres. Ce qui est amusant finalement, c'est que ce sont souvent de jeunes mamans qui me jugent... comme quoi, les plus intolérants ne sont pas toujours ceux qu'on croit !Edit du 17 octobre 2009 :
Pour ajouter à ma dernière réédition, je tiens à signaler que j'ai décider de reprendre mes études. Mes enfants ont maintenant 3 ans et 5 ans, donc ils vont tous les deux à l'école et ça me permet d'avoir mes journées libres. Je rentre donc à l'université le 19 octobre 2009, soit lundi qui arrive. Je vais passer un DAEU (diplôme d'accès aux études universitaires), équivalent du bac. C'est une chance inespérée pour moi qui me suis arrêtée en seconde. J'espère vraiment y parvenir et si c'est le cas, j'aurais alors à nouveau mon avenir devant moi. Par la suite, j'essaierais de continuer pour passer au moins une licence. J'aimerais tenter la fac de médecine, mais je suis pas sûre de pouvoir. Si la fac de médecine est impossible, j'aimerais être éducatrice spécialisée mais j'ai peur qu'il n'y ai pas beaucoup d'emploi dans la région alors je ferais peut-être une école de commerce. A toutes celles qui sont comme moi : qui ont un combat à gagner, ne lâchez pas prise ! Ayez la gnac et tout finit par arriver, même les rêves les plus fous !! Je n'aurais jamais cru pouvoir aller à l'université et c'est ce que je vais pourtant faire, dès lundi, je serais sur le campus des Cézeaux à Clermont ! Courage à toutes ! Et comme disait Jean-Jacques Goldman : "A coup de livres, je franchirais tous ces murs !"